mardi 17 octobre 2017

La guerre des uniformes syriens aura lieu : la libération de Raqqa par les FDS vs. le défilé de mode de Manal Ajaj à Beyrouth (Art.474)


L'actualité a propulsé ces deux photos sur le devant de la scène. Deux types d'uniformes dans deux univers différents que rien ne permet d'associer à première vue. Et pourtant, comme l'histoire, l'actualité peut se montrer d'une ironie implacable.


Regardez bien cette balustrade en fer forgé, vous la reconnaissez? C'est là où les jihadistes de Daech exposaient leurs trophées macabres. Par terre ou sur les pointes, les têtes décapitées y étaient déposées. Aujourd'hui la partie est finie, les terroristes se cachent comme des rats. Selon le colonel Ryan Dillon, le porte-parole de la Coalition internationale, essentiellement occidentale, qui assure la couverture aérienne et la progression des troupes au sol, Raqqa est actuellement contrôlée à 90% par les rebelles des FDS, les Forces Démocratiques Syriennes, une coalition à dominante kurde avec une forte participation arabe, de confession majoritairement sunnite, incluant une faction de combattants chrétiens syriaques. Quel dommage que les groupes chiites et alaouites, syriens et libanais, impliqués dans la guerre civile syrienne, se soient rangés du mauvais côté de l'histoire, aidant un tyran de la pire espèce a prorogé l'espérance de vie de son régime!

En tout cas, la guerre contre le terrorisme islamiste est loin d'être terminée, mais c'est une bonne nouvelle qui mérite d'être soulignée : la soi-disant capitale de l'Etat islamique, d'où on a planifié les attaques terroristes du 13-Novembre, est pratiquement libérée. Regardez bien ces uniformes et ces visages, ils sont les libérateurs de Raqqa, ceux qui débarrassent le Moyen-Orient et le monde des jihadistes, en dépit du travail de sabotage du tyran de Damas, Lapin II du Golan, qui aimerait les présenter eux aussi, comme des terroristes à éliminer. Une page est donc définitivement tournée comme l'a souligné le colonel Ryan Dillon il y a quelques heures. Grâce à la Coalition internationale, « nos partenaires (les Forces démocratiques syriennes) ont délogé l'organisation terroriste Etat islamique (Daech) de 87% du territoire qu'elle contrôlait jadis et libéré 6,5 millions de personnes (en Irak et en Syrie) ».


Le 11 octobre, à 464 km de ce front et de cette bataille décisive, dans l'univers feutré de l'hôtel Four Seasons, une styliste syrienne, pas très connue, est invitée à un défilé de mode en compagnie d'autres stylistes libanais, irakiens, turcs et français. Manal Ajaj, qui est installée à Dubaï, semblait bien inspirée pour les créations de sa nouvelle collection. En effet, elle a eu la brillante idée cette année de rendre hommage à une trentaine de personnages historiques féminins de Syrie, du monde arabe et du Proche-Orient, de l'époque contemporaine comme de l'époque antique. On y trouve, la déesse proche-orientale Astarté, mais aussi Zénobie, impératrice de Palmyre, Europa et Elyssar, princesses de la Phénicie, et Zubaïda, épouse du grand calife Haroun al-Rachide. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas ces robes, chapeau l'artiste, au moins pour l'idée.

Mais au lieu que la styliste syrienne ne se limite à la création artistique, allez savoir quelle mouche l'a piqué pour qu'elle décide de gâcher tout son travail en faisant un mélange des genres qui n'a vraiment pas lieu d'être, sauf en Orient où l'on doit politiser tout, absolument tout. Et dire que rien ne l'y obligeait! Pour le bouquet final à la fin du défilé, au moment fatidique où la créatrice est montée sur scène pour communier avec le public, Manal Ajaj, la poule mouillée éprise de Bachar el-Assad a osé faire défiler en plein cœur de Beyrouth, des mannequins syriens dans des uniformes de l'armée syrienne, celle de la tyrannie des Assad! Elle reviendra sur ce choix dans un post sur sa page Facebook et son compte perso, deux jours plus tard, parlant d'elle à la troisième personne, comme si elle était étrangère à tout ce cirque. "Le plus beau message (de ce défilé) c'est lorsque Manal Ajaj est entrée avec l'armée syrienne (elle ne se donne même pas la peine de parler de mannequins!) pour dire au monde entier qu'à l'origine de l'existence et du succès de tout être humain (en Syrie, dans le monde ou partout dans la Voie lactée, on n'a pas bien su?) se trouve l'armée arabe syrienne, notre espoir et notre fierté aux quatre coins de la terre... c'était le message le plus important du défilé pour que le monde entier sache que l'armée (syrienne de Bachar el-Assad) est source de sécurité, de liberté et de dignité. Ils (les soldats) se sacrifient pour qu'on continue à vivre". Même en abusant de l'omelette aux champignons hallucinogènes, il est difficile d'être aussi aliénée.


Non mais, imagine-t-on la moitié d'un quart de seconde une styliste allemande faisant défiler des mannequins germaniques à Paris dans des uniformes de la Wehrmacht et se vantant ensuite sur les réseaux sociaux de son choix stupide avec cette solennité grotesque ? Non mais, imagine-t-on ne serait-ce que des mannequins libanais défilant à Damas, dans les uniformes des Forces libanaises, l'armée ou la milice? Inconcevable dans les deux cas, sauf dans un pays qui ne sait pas se faire respecter car ses leaders sont aux abonnés absents.

Cette création nauséabonde n'avait évidemment rien à voir ni avec la mode ni avec l'art. C'est un acte de propagande politique abjecte qui aurait nécessité l'intervention des autorités libanaises, au moins une mobilisation des ministres libanais de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, et des Affaires étrangères, Gebran Bassil. Après tout ce qu'on a enduré de la part du père et du fils, et de leurs vassaux, le peuple libanais a espéré ne plus jamais revoir ce sinistre uniforme défilé sur le territoire du pays du Cèdre avant que le dernier soldat syrien ayant servi à occuper le Liban et à terroriser les Libanais ne soit aller revoir ses aïeux.

La styliste syrienne aurait dû avoir une once de scrupule et un chouïa de compassion, pour les victimes de la tyrannie des Assad, de son pays d'origine et de son pays hôte. Trois quarts des Syriens et la moitié des Libanais sont allergiques à l'uniforme de l'armée syrienne de Bachar el-Assad. C'est la première chose à changer le jour où le régime syrien tombera. En attendant, Manal Ajaj a raté une belle occasion de montrer au Liban et au monde, qu'elle était mûre et qu'elle ne faisait pas partie de ces artistes corrompus qui oeuvrent à diffuser la propagande officielle d'une des pires dynastie tyrannique du 20e siècle. En tout cas, maintenant qu'elle est libérée, l'artiste-militante pourrait se rattraper la prochaine fois, en faisant défiler ses coqs dans la même tenue, celle de l'armée syrienne du régime, sur les trottoirs de Raqqa ou de les refaire défiler encore à Beyrouth, mais dans des uniformes des Forces démocratiques syriennes, pour prouver aux peuples libanais et syrien, que son défilé « Jasmin Goddess » (la déesse du jasmin) n'était pas une mascarade politique à la gloire d'un tyran épinglé à de nombreuses reprises pour ses crimes de guerre et ses crimes contre l'humanité, la dernière fois au début du mois de septembre, pour le gazage de la population syrienne de Khan Cheikhoun au gaz sarin.

Et pour bien aggraver son cas, dans ses interviews comme dans ses posts sur Facebook, Manal Ajaj considèrent Europa et Elyssa, des princesses phéniciennes originaires de Tyr, comme des "dames syriennes"! Décidément, la styliste de Damas ne semble pas être très douée pour se faire aimer par les Libanais. Dommage.